Catherine Lara a plusieurs cordes à son violon. Normal pour une concertiste qui a délibérément quitté les rangs, souvent poussiéreux, des fauteuils d'orchestre symphonique pour ouvrir son coeur aux multiples courants musicaux. Rencontre lors d'une "Nuit magique" avec cette étoile filante qui a toujours brillé avec générosité et sensibilité.
Dix-neuf albums déjà parus et pas une année creuse depuis vos début. Qu'est-ce qui vous anime?
C'est très simple, j'aime infiniment le métier que je fais. Je suis née comme une note de musique et je crois que je resterai ainsi toute la vie. Je suis incapable de faire autre chose. Comme je ne suis pas passéiste, j'ai toujours énormément d'idées que j'ai envie de réaliser. Je suis assez créative, prolifique aussi (rire). Il y a plein de choses qui se passent.
Justement, on parle d'une nouvelle orientation de carrière, n'est-ce pas?
(Sourire) C'est vrai, en ce moment, je suis en train de prendre un certain virage. Il y a vingt ans que je chante, que j'arpente la France on long, en large et en travers ainsi que la Belgique, le Canada... J'ai envie d'aller maintenant de l'autre côté, à savoir la production de disque. Je produis maintenant, au sens artistique comme le dernier album de Gérard Berliner. Je vais refaire les orchestrations de "L'Arlésienne" de Bizet, ce qui constitue un travail de titan.
Et la scène?
Je suis plus branchée composition, production, ce qui ne m'empêchera pas de faire quelques concerts dans un cadre exceptionnel, ainsi j'ai envie d'autre chose.
L'expérience de votre vie s'orienterait-elle sur le partage?
J'ai derrière moi vingt ans de musique classique, vingt ans de pop. J'ai envie, c'est vrai d'en faire profiter les autres. A un moment donné, on pense que c'est important d'avoir le sens à la fois de l'authenticité et de l'efficacité. Cette expérience peut être mise au service des jeunes qui en ont besoin. Je crois qu'il n'y a rien de mieux q'un artiste pour aider un autre artiste. Regardez Céline Dion avec Jean-Jacques Goldmen ou Daho avec sa version très personnelle. C'est passionnant d'aider les autres.
La rencontre enrichit. Vous avez débuté avec Nougaro en 71 et en 73 Barbara vous passait votre première commande. Avez-vous l'impression d'être née sous une bonne étoile?
Je ne sais pas si je crois vraiment en la chance. C'est vrai, j'ai commencé avec un album qui a de suite marché et qui a été entendu par, entre autres, Barbara qui m'a appelé pour travailler avec elle. Pour moi, cela a été Noël tous les jours. J'avais Barbara dans le téléphone. Je croyais que je rêvais. Cela a été ensuite une succession de rencontres. Ce métier n'est fait que de cela. L'inspiration vient avant tout des autres. Si j'avais vécu sur une île déserte, je n'aurais pas écrit tout cela. C'est l'amour autour de moi qui fait ce j'existe encore aujourd'hui. Mai c'est de plus en plus difficile de faire une carrière car il n'y a plus les moyens, ni la patience. On ne devient pas célèbre comme ça du jour au lendemain. Brel a attendu dix ans pour être reconnu. Mais après, il faut que cela dure. On a tous des creux de vague.
Peut-on faire une parenthèse en évoquant Denise Glaser, le genre de personnage qui manque tant de nos jours à la télévision?
(Soupir) Denise a été la bonne fée du départ. De suie, elle a voulu me consacrer un "Discorama". La débutante que j'étais avait d'entrée une magnifique étoile au-dessus de la tête. J'ai eu une demi-heure d'antenne à moi toute seule. Vous vous rendez compte? Denise a tenu parole. C'était une fille géniale, elle avait un crédit extraordinaire. Il n'y a plus aujourd'hui, et vous avez raison, une émission de cette qualité et de cette audience. Elle a pris des risques énormes. On doit beaucoup à Denise Glaser.
A tel point que vous n'étiez que trois à son enterrement?
(En hochant la tête) Il y avait Pierre Bellemare qui était un ami intime, Barbara et moi. Pas grand monde n'est-ce pas? Je ne veux pas cracher dans la soupe mais dans le milieu du show-biz, il y a à boire et à manger. Il y a la fidélité et puis l'infidélité (silence). C'est évident, il fallait se lever à six heures du matin pour la levée du corps à Montparnasse. Il fallait un petit effort. Mais elle en avait fait de gros pour nous. Au-delà des croyances et des convictions, il y avait juste le fait de dire au revoir...
Changeons de sujet. Avez-vous des violons... d'Ingres?
J'adore le théâtre, le cinéma. Je suis très branchée informatique. Ce monde ma passionne. J'aime me balader dans l'univers de l'Internet.
Reine du clip, à quand le clap au cinéma?
Cela
me tenterait. J'étais sur un film avec Bernadette Lafont mais qui n'a pas l'air de se réaliser. Alors, attendons.
Q'est-ce qui vous fait rêver?
(Energique) Tout. Je suis dans le rêve du matin au soir. Je regarde énormément les gens. J'ai un idéal qui est le bonheur pour tout le monde mains malheureusement, ce n'est pas forcément le cas. La jeunesse se heurte à des difficultés de vie terrible. J'ai les pires difficultés à regarder cette sinistre réalité. C'est pour cela que je vis avec cette notion de rêve pour m'en sortir.
D'où le choix de ce métier?
(Amusée et en tutoyant) Tu as tout compris. Sans me prendre au sérieux, je fais ce métier sérieusement. J'essaie d'apporter aux gens cette petite part de rêve.
Avec le recul, quel regard portez-vous sur le fabuleux spectacle des "Romantiques"?
Une frustration mais aussi une fierté certaine. Si je devais jeter tous mes disques au feu et n'en garder qu'un, c'est celui-là que je conserverais. Je n'ai pas honte et je me dis que peut-être un jour cela se remontera. C'est quatre ans de travail. Certainement un peu lourd.
Le succès peut-il être déstabilisant?
(Sincère) Le succès m'a gonflé le coeur, pas la tête. Le succès ne peut que réchauffer le coeur en remettant les pieds sur terre. Cela rassure, cela fait du bien, c'est positif. Mais maintenant, la vie n'est qu'un jeu. Ce n'est qu'un métier ludique. Je ne me prends pas au sérieux. Je n'ai que la prétention de distraire le monde et de faire passer de bons moments. C'est pour cela que je me remets en question. J'écoute les autres. C'est super les gens qui osent.
A l'image de votre héros Tintin?
(Large rire) Ah Tintin! Je ne peux pas me refaire, n'est-ce-pas? C'est mon héros. Il est hallucinant et pourtant c'est la BD la plus misogyne qui soit. Il n'y a jamais de bonne femme et quand il y en a une, c'est la Castafior. Mais c'est drôle comme tout, il y a toute la vie, un humour formidable. C'est extraordinaire. Je suis une vraie collectionneuse avec, outre les albums, quelques originaux, des planches, toutes les "bisouiles" qui vont avec. J'aime cela et cela m'amuse.
Et les choses qui ne vous amusent pas?
La prison, c'est ce qu'il y a de pire au monde. Je suis allée à Fleury et j'ai vu des mômes enfermés pendant huit mois en préventive pour une cafetière volée ou un bout de shit. Je trouve cela tragique. Il y a aussi la vieillesse qui me préoccupe. On ne fait que peu de chose pour les personnes âgées. A soixante-dix ans, on est bon seulement à être mise au rancart. Vous vous rendez compte avec un bagage de soixante ans de vie, la belle transmission que cela ferait. Au lieu de cela, on les case dans les hospices avec l'absence totale de raison de vivre. C'est affreux d'être voeux en ce moment. Vous avez soixante balais, allez... terminé. Dehors! Merci (silence lourd)... et même pas merci.
Après cette note grave, je tiens à vous remercier et je vous donne rendez-vous pour le concert.
Tu reste pour le tour de chant! C'est sympa. C'est moi qui te remercie.